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Wednesday November 2021

« Schlammenfeld » - une mine à ciel ouvert reconvertie en réserve naturelle, partie 1

Quand on parle d’exploitation minière, on pense souvent aux galeries souterraines. Il existait cependant une autre manière d’exploiter le minerai de notre région : le ciel ouvert. Tout près du Fond-de-Gras se trouve une de ces anciennes mines à ciel ouvert, communément appelée « Giele Botter ».

A l’occasion du 30ème anniversaire de la labellisation « réserve naturelle », nous allons vous présenter ce mois-ci cet espace en 3 parties :

  • La mine à ciel ouvert pendant son exploitation minière
  • La reconversion en réserve naturelle
  • La labellisation Unesco Man in Biosphere

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Partie 1 La mine à ciel ouvert

Contexte historique

Connu dès le milieu du 19e siècle, le gisement de minerai de fer (communément appelé « minette » au Luxembourg) n’est alors que peu exploité, car la présence de phosphore ne permet pas de le transformer en produit de bonne qualité. Grâce au procédé Thomas (1877), le phosphore peut être enlevé de la fonte qui devient alors un métal aux qualités élevées. L’exploitation de minerai de fer se développe rapidement dans des galeries sous-terraines. C’est seulement après la Seconde Guerre mondiale, que les mines à ciel ouvert se multiplient grâce au développement des engins de terrassement, indispensables pour enlever les déblais stériles.

Le choix de la méthode d’exploitation à appliquer se faisait en fonction du rapport entre l’épaisseur du terrain de recouvrement stérile à enlever et le minerai de fer à exploiter.

[Légende: Plan des limites de concessions de la mine à ciel ouvert près du Fond-de-Gras. En 1870 et 1874, l’Etat luxembourgeois déclare tous les gisements, enfouis à une certaine profondeur, propriété de l’Etat et les soumets à un régime de concessions. Sur le ciel ouvert situé près du Fond-de-Gras, cette limite est de 24 mètres. Le propriétaire du terrain garde donc ses droits de propriété sur le minerai situé à moins de 24 mètres sous la surface de la terre. ©ANF]

Le « Schlammenfeld »

[Légende: Entrée galerie minière au « Schlammenberg » pour rejoindre le Doihl (Rodange)] 

Vers 1870, le minerai au Schlammenfeld est déjà exploité en petite quantité mais son transport est tellement cher que ce n’est pas assez rentable pour continuer. Ce n’est qu’en 1964 que l’exploitation reprend. En effet, des galeries souterraines étaient si proches de  l’exploitation à ciel ouvert, qu’il était aisé de rejoindre le Doihl et son funiculaire (Rodange) par le train minier (tracé de 5 km environ). Dans cette zone, le minerai est enfoui à plus de 30 mètres en dessous du niveau du sol.

[Légende: Schéma d’exploitation des mines à ciel ouvert ©ANF]

La procédure d’exploitation

Le minerai est extrait par étages, suivant une forme en escalier, réunies entre elles par des rampes pour le transport, pour créer de petites terrasses (voir schéma). Plusieurs étapes :

  • Il faut d’abord évacuer le recouvrement (une couche stérile) ainsi que le calcaire vers un dépôt qui se trouvait derrière le front de taille.
  • Après les tirs d’explosifs, les couches de minerai sont extraites par des engins de terrassement, puis chargées dans des wagonnets de train minier. Dès le début de l’exploitation à ciel ouvert au « Schlammenfeld », de grandes pelles mécaniques étaient utilisées, ce qui a permis une mécanisation très poussée (95%) et nécessitait peu de main d’œuvre.
  • Le minerai extrait était ensuite transporté par un train minier dont l’entrée de galerie est toujours visible aujourd’hui. Ces convois de minerai étaient amenés au « Doihl » à Rodange, où un concasseur broyait une première fois le minerai pour rentabiliser le transport. Ensuite le téléphérique l’amenait vers les hauts-fourneaux de l’usine de Rodange.

La fin de l’exploitation

En 1978, l’exploitation au « Schlammenberg » est définitivement interrompue. Avec lui, la dernière exploitation à ciel ouvert au Luxembourg s’arrête mais le paysage a changé à tout jamais. Les projets les plus fous ont été envisagés : crassier, terrain de golf ou même piste de Formule 1.

Pour compléter cet article, nous avons rencontré M. Charles Storoni. Voici un extrait de cette entrevue.

Charles Storoni, géomètre des mines en retraite

Son parcours

Charles Storoni a d’abord suivi une formation à la « Handwierker Schoul », l’école professionnelle de l’Etat puis à l’Ecole des mines à Esch-sur-Alzette pour devenir géomètre des mines. Cette formation de 4 ans comprenait alors 2 jours de formation théorique et beaucoup de pratique sur le terrain.

Il devient ensuite géomètre pour l’usine de Rodange et travaille donc tout autour du Fond-de-Gras, dans les galeries souterraines et également sur l’exploitation à ciel ouvert. Il termine sa carrière à l’usine de Differdange.

En quoi consiste le métier de géomètre ?

Le géomètre est l’architecte du fond. En effet, c’est lui qui détermine la direction et le niveau dans lesquels sont creusées les galeries. Il mesure et surveille activement l’avancement des travaux dans la mine, planifie et dessine les futurs tracés. Le géomètre fait également des prélèvements pour analyser les couches de minerai afin de connaitre les taux des différents composants.

Le métier s’est développé après la Deuxième Guerre mondiale. Avant, de nombreuses mines n’employaient pas de géomètre ou faisaient seulement ponctuellement appel à un tel spécialiste. Mais sans eux, les mines étaient mal exploités. En effet, les mineurs creusaient un peu au hasard et ne sortaient qu’une partie du potentiel.

Avantage du ciel ouvert

L’exploitation à ciel ouvert présente plusieurs avantages. Elle est relativement bon marché et permet d’atteindre un prix de revient plus bas. Outre le bénéfice du coût réduit, elle offre l'atout d'une plus grande sécurité pour les ouvriers. Ceux-ci peuvent travailler à l'air libre sans encourir certains risques auxquels sont exposés les mineurs de fond. Pour autant, il y avait quand même des accidents dans les mines à ciel ouvert liés à des glissements de terrain, notamment après d’importantes intempéries ou en raison du gel.

 

Merci à Charles Storoni pour sa précieuse collaboration.

 

La suite au prochain épisode…

De petites histoires